Présentation et parcours
Je suis psychomotricienne depuis deux ans. J’ai été formée à l’Institut de formation en psychomotricité de Paris, à la Sorbonne. J’ai d’abord travaillé en crèche et en libéral, en centre de rééducation pour personnes âgées ou en foyer d’accueil médicalisé en tant qu’auxiliaire de vie. J’ai aussi fait un stage en psychomotricité auprès des personnes avec troubles du spectre de l’autisme.
Je suis à IRSAM Les Cascavelles depuis 6 mois. J’ai été très bien accueillie par les différents professionnels de l’équipe pluridisciplinaire – ergothérapeute, musicothérapeute, ASE – ainsi que par l’équipe éducative. On m’a expliqué toutes les spécificités de l’accompagnement des personnes ici, en prenant le temps, et on m’a laissé prendre ma place. Et puis arriver à la Plaine des Palmistes, c’est un décor assez magique, avec un peu d’humidité mais aussi du soleil, et des montagnes tout autour. On est beaucoup dehors ici et on organise des sorties avec les personnes accompagnées en randonnée, au lagon, dans des snacks… On essaie vraiment de ne pas rester entre les murs, et c’est très riche, car cela permet de s’ouvrir à l’autre et d’accompagner les personnes à s’ouvrir aux autres aussi.
Le métier de psychomotricienne
La psychomotricité est une discipline du paramédical qui consiste à travailler avec le corps et avec la tête, à faire des liens et trouver l’équilibre entre émotion, cognition et corporel. A IRSAM Les Cascavelles, il s’agit d’aider les personnes avec Troubles de Spectre de l’Autisme complexes à mieux vivre dans leur corps, à développer leurs fonctions psychomotrices, et à vivre leur quotidien le mieux possible.
Cela passe par plusieurs types de missions. D’abord avec des bilans sensoriels et des préconisations données aux équipes, pour qu’elles puissent prendre conscience des difficultés sensorielles des personnes accompagnées et les prendre en compte dans leur accompagnement au quotidien.
On s’inscrit aussi dans des missions d’accompagnement psychomoteur individuel, avec des objectifs observés au préalable et discutés avec les équipes. On va travailler sur des objectifs de relaxation, de détente, d’équilibre, de fonctions motrices, d’aisance corporelle.
Et des missions d’accompagnement en groupe, davantage tournées vers la socialisation et la relation aux autres, ainsi que des actions de prévention auprès des équipes.
Il faut une sensibilité et un sens de l’écoute du dialogue tonico-émotionnel, car la plupart des personnes accompagnées sont non-verbales : beaucoup de choses passent par l’infraverbal et par le corps. En tant que psychomotriciens, nous arrivons avec un regard extérieur et une sensibilité particulière qui peuvent aider les équipes de terrain – souvent prises par la réalité du quotidien et pas toujours disponibles pour percevoir ces signaux – à mieux comprendre les comportements des personnes accompagnées. Ce sens de l’écoute et cette disponibilité corporelle sont des qualités qui se cultivent et se développent particulièrement ici.
L’équipe pluridisciplinaire
Je participe aux réunions pluridisciplinaires, où j’apporte un regard psychomoteur avec une approche sensorielle. La psychomotricité aide les autres professionnels à placer la personne au centre des échanges et de l’accompagnement pluridisciplinaire, dans sa globalité, avec ses particularités sensorielles, motrices et cognitives.
Les personnes accompagnées et les familles
Je suis présente à certains moments sur les pavillons, et j’ai des suivis individuels avec les personnes accompagnées. Avec les familles, les relations sont plus espacées : je les contacte surtout au moment des bilans, pour mieux comprendre l’anamnèse et l’histoire des personnes accompagnées. Je ne fais pas encore d’accompagnement de famille, mais ce serait intéressant à développer par la suite.
Un projet est en train de se construire au sein des équipes pour inclure davantage la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (VRAS) dans la réalité du terrain, à travers des ateliers adaptés aux personnes accompagnées, permettant d’expérimenter les différents axes de cette dimension. C’est l’une des priorités sur lesquelles je me lance pour les mois à venir.
L’Association IRSAM
C’est une association qui accueille des personnes avec des troubles sensoriels, qui les soutient et leur permet d’être le plus possible elles-mêmes, dans un environnement adapté, entourées de personnes formées pour les accompagner au mieux.
Le handicap
Pour moi, le handicap, c’est le fait que des personnes – par exemple porteuses du handicap de l’autisme – ont des particularités qui font qu’elles ne peuvent pas s’inscrire dans leur environnement comme nous, et qui ont besoin que cet environnement s’adapte à elles. Il faut donc penser à adapter l’environnement pour que le handicap soit le moins impactant possible, afin que ces personnes puissent s’exprimer et se sentir le mieux possible, malgré les handicaps visibles ou invisibles qu’elles peuvent porter.
Un projet marquant
Avec l’ASE (Auxiliaire Socio-Éducative dédiée au sport adaptée), nous avons organisé un groupe équilibre avec des personnes de l’Accueil de Jour, depuis début mars. L’objectif était de travailler l’équilibre dans toutes ses dimensions, à travers de nombreux ateliers, puis d’amener le groupe à transposer ce travail en extérieur, sur des sols inégaux, des escaliers…
Au début, certaines personnes n’étaient pas en confiance dans leur corps, et on ne pensait pas pouvoir un jour réussir à grimper jusqu’au sommet du Piton des Songes. Et pourtant, malgré leur handicap, leurs particularités motrices et sensorielles, nous avons réussi, ensemble, à grimper jusqu’au sommet. Il y a eu des moments plus difficiles, où certaines personnes ne voulaient plus avancer, mais en mettant de la musique, en les accompagnant et en restant soutenants, nous avons réussi à aller jusqu’au sommet tous ensemble. Ce fut un bel accomplissement, fruit du travail construit sur ces six mois.